
Né d'un riche fermier du pays de Taron, à l'ouest du lac de Van, près de l'actuelle Mouch, Mesrop reçut une éducation qui le distingua. Parlant couramment le persan, le syriaque, l'araméen et le grec, ses prouesses linguistiques lui valurent un poste de scribe royal dans la capitale de Dvin, servant sous l'armée du roi Khosrov V. Mais les épées ne purent protéger l'Arménie des ambitions impériales. Soldat, Mesrop assista à une succession de défaites, jusqu'à ce que le partage de l'Arménie entre la Perse et Rome en 387 rende la lutte vaine.
Désillusionné, il prononça ses vœux monastiques et se retira à Goghtn (aujourd'hui Nakhitchevan), déterminé à propager le christianisme parmi les Arméniens encore païens des montagnes du Zanguezour. Là, il se retrouva confronté à une dure réalité : traduire les Écritures nécessitait un alphabet capable de traduire la langue arménienne. Aucune des écritures existantes – grecque, araméenne ou persane – ne suffisait. La solution, pensa Mesrop, résidait dans un alphabet adapté à la phonétique arménienne, un alphabet qui renforcerait également l'identité culturelle contre l'assimilation.
De retour à Vagharshapat, il convainquit le clergé de cette vision. Les origines de l'écriture arménienne restent controversées : certains affirment que les Arméniens préchrétiens utilisaient des écritures grecque, araméenne ou assyrienne, tandis que d'autres plaident pour un alphabet autochtone perdu. En 404, l'évêque syrien Daniel envoya au roi d'Arménie un ensemble de lettres, plus tard surnommé « écriture daniélienne ». Certains chercheurs insistent sur le fait qu'il s'agissait d'un ancien alphabet arménien redécouvert ; d'autres, dont moi-même, estiment plus vraisemblablement qu'il s'agissait d'une adaptation araméenne. Quoi qu'il en soit, le clergé l'abandonna rapidement, cette écriture étant impraticable.
Ce qui suivit fut un exploit d'érudition inégalé à l'époque. Mesrop parcourut l'Arménie, documentant ses dialectes, puis s'aventura en Mésopotamie et en Syrie à la recherche d'écritures perdues. Il consulta des érudits, éplucha les manuscrits des bibliothèques d'Édesse et analysa l'écriture grecque, moyen-persane et même éthiopienne (dont la ressemblance visuelle avec l'arménien frappe encore les observateurs aujourd'hui). Son objectif : un alphabet phonétique propre, exempt de signes diacritiques, typiquement arménien, inutile aux autres.
En 405, il fut à l'origine de sa réussite. Le nouvel alphabet, avec ses 38 caractères précis, fut immédiatement adopté. Dix ans plus tard, il créa des écritures pour la Géorgie (bien que de nombreux Géorgiens le contestent) et l'Albanie caucasienne (proto-Azerbaïdjan). L'écriture albanaise disparut sous la domination islamique, mais celle de l'Arménie subsista, pratiquement inchangée pendant des siècles. 1,600 ans, un témoignage de sa perfection.
Les dernières années de Machtots furent tout aussi marquantes. Il fonda le premier séminaire d'Arménie à Vagharshapat, assuma les fonctions de Catholicos par intérim et acheva la traduction de la Bible en arménien. Pourtant, la pression politique des Sassanides le força à quitter la capitale. Les princes d'Amatuni l'hébergèrent à Ochakan, où il mourut en route pour Vagharshapat. Enterré sous la colline de Didi Kond, son église-tombeau d'origine s'effondra avec le temps. L'église actuelle de Surp Mesrop, construite en 1875-76, se dresse à sa place. Son architecture atypique, avec un clocher au-dessus de l'autel plutôt que de l'entrée, rappelle les premiers martyria chrétiens.
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