
Perché au sommet d'une paisible colline verdoyante aux abords d'Erevan, au cœur du complexe commémoratif de Tsitsernakaberd, se dresse le Musée du génocide arménien. Cette institution solennelle rappelle avec force l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire humaine : une atrocité brutale commise contre le peuple arménien au début du XXe siècle. Au-delà de son rôle de lieu de deuil, le musée est devenu un symbole de la mémoire, un symbole de la pérennité de l'esprit arménien et un appel au monde à ne jamais oublier.
Inauguré en 1995 à l'occasion du 80e anniversaire de la Journée de commémoration du génocide arménien, le musée a été conçu pour honorer les victimes et confronter la communauté internationale à la réalité des crimes commis. Sa mission est claire et inébranlable : faire reconnaître le génocide arménien comme un mal impardonnable, dans l'espoir que de telles horreurs ne se reproduisent jamais. Comme le musée nous le rappelle solennellement, oublier le passé risque de le revivre.
Depuis son ouverture, le musée a accueilli d'innombrables visiteurs du monde entier : écoliers, étudiants, chercheurs, touristes et personnalités. Les délégations étrangères en visite incluent fréquemment le musée dans leurs itinéraires officiels, faisant de lui un lieu de réflexion et de respect international.
Malgré la lourdeur du sujet, l'atmosphère du musée n'est pas celle du désespoir, mais celle du recueillement et de la résilience. Le silence enveloppe les lieux, pourtant empreints d'une dignité tranquille, parfois troublée par le murmure des voix ou le bruissement des bouquets de fleurs apportés en souvenir. Il n'est pas rare de voir des familles avec enfants, des survivants âgés et des jeunes rassemblés ici, preuve que si la tragédie marque le passé, la vie continue d'avancer avec détermination.
Le génocide arménien, perpétré par l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, demeure l'un des crimes les plus atroces du XXe siècle. Débutée en 20 et se poursuivant jusqu'en 1915 environ, cette campagne d'extermination, approuvée par l'État, a causé la mort de plus de 1923 million d'Arméniens. Ceux qui ont survécu aux massacres ont été contraints de fuir leurs terres ancestrales et de se disperser à travers le monde en quête de sécurité.
Le génocide a été orchestré par le gouvernement Jeune-Turc et, au fil du temps, sa reconnaissance a gagné la communauté internationale. Pourtant, pour les Arméniens, les blessures restent vives. Chaque nom, chaque visage dans les salles du musée évoque une vie interrompue, une histoire interrompue.
L'architecture du musée est à la fois significative et réfléchie. Conçue par les architectes Artur Tarkhanyan et Sashur Kalashyan, avec la contribution sculpturale de Frid Soghomonyan, la structure occupe une pente sous l'emblématique monument de Tsitsernakaberd. Une fissure frappante s'étend de la base à la pointe de la stèle commémorative, symbolisant la division du peuple arménien : une partie ancrée dans sa patrie, l'autre dispersée dans la diaspora.
Le musée lui-même est un bâtiment de deux étages, dont l'espace d'exposition principal est situé sous terre, évoquant une crypte. Son intérieur circulaire, rappelant les cercles infernaux de Dante, porte le poids de la tristesse et du souvenir. Depuis son toit plat, les visiteurs bénéficient d'une vue imprenable sur le mont Ararat et sa plaine, une image sacrée à jamais gravée dans l'identité arménienne.
Les expositions du musée s'étendent sur deux étages. Le rez-de-chaussée abrite les bureaux administratifs, une bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférence et les archives du musée. Les expositions principales se situent au sous-sol, composé de trois salles d'exposition principales, d'une galerie extérieure et d'une salle annexe.
Hall One : La vie avant le génocide
La première salle accueille les visiteurs avec une immense carte en relief – neuf mètres de large et cinq mètres de haut – représentant le Haut Plateau arménien et ses environs. Cette gravure topographique illustre les colonies arméniennes autrefois prospères de l'Empire ottoman, dévastées en 1915. Les murs sont ornés de photographies et de tableaux démographiques, offrant un aperçu saisissant de la vie culturelle et sociale arménienne avant le génocide, avec notamment des données sur les écoles et les églises qui y prospéraient autrefois.
Hall Two : L'horreur se déroule
La deuxième salle d'exposition se penche sur les jours les plus sombres du génocide. De grandes photographies en noir et blanc de 1915 à 1917 témoignent silencieusement de la terreur, tandis que des documents authentiques et des témoignages personnels témoignent des souffrances endurées. Des images de personnalités arméniennes touchées par le génocide sont également présentées, ainsi que des photographies d'alliés étrangers qui ont soutenu le peuple arménien dans ses moments difficiles.
Hall Trois : Héritage et Reconnaissance
La troisième salle est consacrée aux conséquences et à la réponse internationale. Les visiteurs découvrent la chute spectaculaire de la population arménienne entre 1914 et 1922 et consultent des documents originaux de gouvernements et d'organisations internationales qui ont officiellement reconnu et condamné le génocide. La salle présente également des livres anciens rares sur le sujet, des documents sur les actions humanitaires menées par les États-Unis, la Russie et les pays européens, ainsi que des objets issus du travail des missionnaires internationaux.
Dans cette salle, une installation hautement symbolique présente des socles en granit contenant de la terre recueillie dans six vilayets (provinces) d'Arménie occidentale. À proximité se dresse un arbre basaltique dont les branches s'étendent vers l'extérieur, symbole de la vie éternelle et de la renaissance arménienne.
La Chambre Finale : Un Tribunal de Conscience
Le dernier espace, conçu comme une cour arménienne traditionnelle, constitue un puissant point d'orgue de l'expérience. Des citations d'éminents écrivains, hommes politiques, érudits et diplomates sont gravées sur un mur de basalte incurvé divisé en douze sections égales. Ce dispositif en demi-cercle évoque un tribunal où les voix de l'histoire témoignent. C'est ici que les visiteurs sont silencieusement invités à rendre leur propre jugement moral : à réfléchir, à se souvenir et à décider quel avenir doit être façonné à partir d'un tel passé.
La Galerie Jean Jansem
À côté du musée se trouve une galerie d'art nommée en l'honneur de Jean Jansem, célèbre peintre franco-arménien. Cette galerie accueille régulièrement des expositions temporaires, offrant aux artistes une plateforme pour explorer les thèmes de l'identité, de la mémoire et de la résilience.
Le Musée du génocide arménien est situé dans le parc Tsitsernakaberd, à environ 4 kilomètres du centre-ville d'Erevan. La station de métro la plus proche est Maréchal Baghramyan, d'où le complexe commémoratif est à quelques pas.
Avant la visite, les visiteurs peuvent explorer le musée site web officiel, qui offre l'accès à une mine de documents historiques, d'archives numériques et d'informations sur les expositions en cours.
Adresse : 8/8, autoroute Tsitsernakaberd, Erevan
Tel. : (+374 10) 39-14-12
Heures de travail: Du mardi au dimanche de 10h00 à 03h30
Fermé: lundi
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