
La fontaine de Colchide orne la place David Agmashenebeli, en plein cœur de Koutaïssi. Contrairement à de nombreux monuments historiques, ce monument remarquable est un ajout relativement récent au paysage urbain. Conçue en 2011 par le célèbre architecte géorgien Davit Gogichaishvili, la fontaine s'inscrivait dans un projet plus vaste visant à redonner vie à la ville. Elle est souvent considérée comme la fontaine la plus chère de Géorgie, une déclaration faite avec désinvolture par le président de l'époque, Mikheïl Saakachvili.
La structure circulaire de la fontaine se déploie sur plusieurs niveaux, chacun orné de sculptures animales dorées. Il ne s'agit pas de simples ornements. Chaque figure est une réplique méticuleusement agrandie de statues et de bijoux antiques en bronze découverts dans l'ancien royaume de Colchide, un royaume antique qui s'étendait autrefois sur l'actuelle Géorgie occidentale, dont Koutaïssi était l'une des villes centrales. Malgré son âge, la fontaine est rapidement devenue un pôle d'attraction touristique. La plupart des visites touristiques de Koutaïssi commencent ici, à cette merveille dorée.
La place David Agmashenebeli doit son nom au vénérable roi David IV de Géorgie, surnommé « le Bâtisseur », qui régna au XIIe siècle et inaugura une ère d'épanouissement culturel et politique. Au cours du siècle dernier, la place a subi de nombreuses transformations. Jusqu'en 12, elle abritait la cathédrale Alexandre Nevski. L'église fut démolie pour faire place à une statue de Lénine, remplacée plus tard par un monument à Staline. Des décennies plus tard, Staline fut lui aussi retiré, et remplacé par la statue du roi David le Bâtisseur à cheval. Heureusement, contrairement à ses prédécesseurs, la statue du roi David fut épargnée par la démolition lors de la construction de la nouvelle fontaine. Elle fut respectueusement déplacée sur la place devant la gare de la ville.
L'inauguration officielle de la fontaine de Colchide a eu lieu à l'été 2011, en présence du président Saakachvili. Pour une ville de seulement 140,000 XNUMX habitants, la fontaine est une installation impressionnante, grandiose et luxueuse. Son design allie avec brio la pierre Haragouli à des touches d'or éclatantes et à des mosaïques bleues chatoyantes. Son impact visuel est saisissant, de jour comme de nuit.
Avec le temps et l'eau qui baigne les sculptures, la couche dorée laisse peu à peu place à une patine bronze brunie. Pourtant, ce vieillissement naturel confère aux figures un caractère plus profond, sans en altérer la beauté. Les habitants conseillent de visiter la fontaine à différents moments de la journée : sous le soleil, l'eau et les surfaces dorées scintillent comme des flammes ; la nuit, les lumières confèrent au lieu une aura mystique.

Les trente sculptures disposées sur les niveaux de la fontaine ne sont pas de simples fruits de l'imagination artistique : elles sont imprégnées de mythes anciens et d'une importance archéologique. La fontaine colchienne rend hommage au riche héritage de la civilisation colchienne, intimement lié à l'identité géorgienne. Chaque statue est une réplique à échelle réduite d'objets réels découverts lors de fouilles dans l'ancienne région de Colchide. Les originaux, datant des IIIe et IIe siècles avant notre ère, sont aujourd'hui conservés au Musée national de Géorgie.
Ces objets sont d'une expressivité unique. On y discerne des influences à la fois orientales et grecques classiques, mais le ton dominant est résolument local – la voix authentique d'une civilisation ancienne et hautement cultivée. Le savoir-faire artisanal de ces objets est si sophistiqué qu'il suggère la présence d'une tradition culturelle raffinée et profondément ancrée, très en avance sur son temps.
Le royaume de Colchide occupe une place essentielle dans l'histoire géorgienne, immortalisé dans la mythologie grecque comme la terre légendaire de la Toison d'Or et la destination de Jason et des Argonautes. Pour les Grecs de l'Antiquité, la Colchide se situait aux confins du monde connu, là où le soleil commençait sa course quotidienne dans le ciel. Pendant des siècles, beaucoup ont cru que la Colchide n'était qu'une simple légende, un royaume mythique né de l'imagination poétique. Mais les indices persistants trouvés dans les textes classiques ont encouragé érudits et explorateurs à poursuivre leurs recherches. Et puis, enfin, des découvertes ont été faites. Les mythes se sont avérés vrais : la Colchide était bien réelle. C'était bien le royaume d'or décrit dans les chroniques antiques : prospère, sophistiqué et vaste, avec des cités majestueuses.
Autour de la fontaine se trouvent des sculptures d'animaux autrefois sacrés pour les Colchidiens : un lion, un bélier, un tigre, un mouton, une chèvre de montagne (tur) et un cerf. Certaines de ces figures sont immédiatement reconnaissables. Le lion, par exemple, découvert dans la vallée d'Alazani, orne à la fois le billet de 5 lari et le logo d'une importante banque géorgienne. Autre élément distinctif : la statue d'un Géorgien traditionnel. Tamada, ou maître de cérémonie. Tenant une corne remplie de vin, le Tamada symbolise l'hospitalité et la célébration, éléments clés de la culture géorgienne.
Couronnant l'ensemble, des chevaux, nobles montures qui auraient appartenu au légendaire roi Éétès de Colchide, complètent le monument, alliant mythe, archéologie et fierté nationale en un spectacle harmonieux.