Médersa Barak-Khan

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Médersa Barak-khan

Médersa Barakh-khan du XVIe siècle à Tachkent, dépositaire du Coran ottoman
Médersa Barakh-khan du XVIe siècle à Tachkent, dépositaire du Coran ottoman

La madrasa Barak-Khan a été construite au XVIe siècle par Suyunidzh-khan, un descendant du célèbre astronome Oulougbek. Cette madrasa a servi de pierre angulaire à la vie spirituelle et éducative en Asie centrale.

La madrasa est réputée non seulement pour son rôle d'ancien siège de l'administration spirituelle des musulmans d'Asie centrale, mais aussi pour abriter une collection inestimable de manuscrits orientaux. Parmi ces trésors figure le célèbre Coran d'Osman, une source principale du livre sacré de l'islam, rédigé au milieu du VIIe siècle. Ce manuscrit monumental, composé de 7 pages de parchemin, a traversé le temps et les empires, conservé dans les trésors des califes de Médine, Damas et Bagdad, avant de faire son chemin vers l'Ouzbékistan.

Le Coran d'Osman est entouré de légendes. On pense qu'il est taché du sang du calife Osman lui-même, qui est tombé en martyr en le lisant. Depuis lors, il est vénéré comme une relique sacrée, préservée par les califes successifs et devenue un symbole de la chaîne ininterrompue de la tradition islamique. Malgré l'émergence de divers mouvements religieux et sectes au sein du califat, personne n'a pu contester l'autorité de ce texte, pas même ceux qui remettaient en question certaines parties de l'Écriture.

Le sort de nombreux manuscrits de ce type reste un mystère, notamment après l'invasion mongole menée par Hulagu Khan en 1258, qui a vu la chute de Bagdad et l'exécution du calife al-Mustasim. Cependant, au XVe siècle, le Coran taché de sang a refait surface à Samarcande. D'abord conservé à la cour de Mirzo Ulugbek, il a ensuite été transféré dans la mosquée du cheikh Khodja Akhrar, originaire de Tachkent.

L'annexion de Samarcande par l'Empire russe en 1868 marqua un tournant pour le Coran d'Osman. Ayant eu connaissance de ce manuscrit unique, le major-général Abramov obtint son transfert de la mosquée, en versant aux gardiens une compensation de 100 roubles-or. Le Coran fut ensuite envoyé à Tachkent et finalement offert à la Bibliothèque publique impériale de Saint-Pétersbourg par le gouverneur général Konstantin von Kaufman.

Les érudits russes, répondant aux doutes sur l'authenticité du Coran ottoman, ont conclu qu'il pourrait en effet remonter au 7e ou 8e siècle, et provenir peut-être du territoire de l'Iran moderne.

En décembre 1917, le Congrès musulman territorial du district national de Petrograd demanda la restitution de cette relique sacrée. Cinq jours plus tard, il reçut une résolution signée par Lounatcharski, commissaire du peuple à l'éducation, autorisant le transfert du Coran au Conseil musulman panrusse d'Oufa. De là, en 1924, il fut ramené à Tachkent, puis à la mosquée Khodja Akhrar de Samarcande. En 1941, pendant les tumultes de la Seconde Guerre mondiale, la relique fut placée au Musée d'histoire des peuples d'Ouzbékistan pour y être conservée. Après la déclaration de souveraineté de l'Ouzbékistan au début des années 1990, le président Islam Karimov confia le Coran au mufti de la place Khast Imam.

Le voyage du Coran d'Osman jusqu'à Movarounnahr reste énigmatique. La théorie dominante suggère que l'émir Timur aurait acquis la relique lors de ses conquêtes, dans le but d'enrichir sa bibliothèque de manuscrits à Samarcande. Une autre légende, ancrée dans l'ordre soufi Nakshbandia, raconte qu'un derviche aurait récupéré le Coran lors des invasions mongoles. Pourtant, une légende locale plus populaire attribue à Kaffal Shashi, vénéré comme le premier mécène de Tachkent, le mérite d'avoir rapporté le Coran de Bagdad, un cadeau du calife en reconnaissance de ses prouesses poétiques.